Plus de 18 ans, plus de 80 ans
Le Project des générations

Trois étapes de la vie sont ici gravées sur les visages des femmes représentées dans ces triptyques : celles de la grand-mère, de la mère et de la petite-fille. Les grands-mères ont plus de quatre-vingts ans et quelques-unes, plus de quatre-vingt-dix. Les petites-filles sont déjà au-delà de leurs dix-huit ans. Les mères se trouvent quelque part entre ces deux pôles. C'est à l'intérieur de ces contraintes que ces vingt et un groupes de femmes ont été photographiées.

Dans ma façon d'aborder le projet " Générations ", j'ai été attirée par plusieurs thèmes imbriqués les uns dans les autres : le rôle de la grand-mère à l'intérieur du cadre familial, les responsabilités d'une génération envers l'autre, les traits génétiques transmis ou perdus, ainsi que les mystères du processus du vieillissement.

Un amour de grand-mère, c'est inconditionnel, pas compliqué et sincère. La sagesse, l'expérience et la maturité d'une grand-mère sont un gage de stabilité pour la famille. Passé sa quatre-vingtaine, la grand-mère entre dans une période de transition pendant laquelle sa fille commence à assumer les responsabilités qui étaient jadis les siennes. Sa fille est déjà ou peut bientôt devenir elle-même grand-mère.

Les petites-filles de ces images ont passé leur dix-huitième anniversaire, quelque-unes récemment, d'autres il y a plusieurs années. Quelques-unes sont déjà mères de jeunes enfants. D'autres sont étudiantes, épouses, travailleuses, ou elles cumulent toutes ces fonctions.

Prise au milieu des deux générations qui l'encadrent, il y a la mère, qui représente la force qui protège l'une et l'autre.

Ce projet ne traite pas de l'individu, mais de la personne en contexte avec celles à qui elle appartient. Il traite de l'état de connexion, de la coopération, de la participation, de la relation, de la généalogie, de l'histoire familiale et de la maternité.

Pour ces photographies, j'ai intentionnellement utilisé une approche détaillée. Les sujets ont été isolés de tout arrière-plan reconnaissable afin d'attirer l'attention sur les visages plutôt que sur le milieu ambiant ou sur les vêtements. Ces images ne veulent pas être des portraits de la beauté. On a demandé à toutes ces femmes de ne pas sourire, de sorte que les spectateurs puissent les étudier sans préjugés et sans l'éclairage doux, les chaleureux sourires et les poses féminines dont on se sert typiquement pour les portraits de femmes, dans notre culture obsédée par la beauté.

Nous vieillissons. Nous changeons. Nous nous transformons. Quand nous regardons ces photographies, nous voyons comment nous étions, comment nous sommes et ce que nous allons devenir. C'est le commencement d'une compréhension du processus du vieillissement et de la vérité qui doit être affirmée : devenir vieux ou vieille, ce n'est pas être ignorés. C'est une partie de l'évolution humaine. C'est une partie du voyage qui façonne nos vies, une forme que nous allons tous prendre.